samedi 10 novembre 2012

Dure réalité

Trois jours. Trois jours qu'il séjournait dans sa chambre, à l'abri des violences ordonnées par sa mère. De temps à autre, elle lui demandait de crier, pour laisser penser qu'elle s'occupait sévèrement de son cas. Mais malgré tout ce qu'elle faisait pour l'aider, elle remarquait qu'il la craignait toujours autant. La veille, lorsqu'elle lui avait pris la main pour l'aider à manger, il en eut un haut le cœur. Il détestait toujours autant les contacts physiques avec elle.
_Tu me hais, hein? lui demanda t-elle dans la soirée.
Le jeune homme baissa les yeux et se recroquevilla. La réponse était claire. 
_Comme je te l'ai déjà dit, je comprends mais... T'ai-je fait du mal depuis? demanda t-elle d'une voix douce.
Il secoua lentement la tête et fourra sa tête dans le creux formé par ses genoux serrés.
_Je... ne suis pas prêt à pardonner. murmure t-il.
Elle se laissa tomber en arrière sur son lit. A tâtons, il essaya de se rapprocher d'elle, puis il parut gêné et se mordilla l'index.
_Puis-je... toucher ton visage?
Cette question était assez inattendue. La jeune femme, prise au dépourvu, ne sut pas tout de suite quoi répondre. Mais après tout, elle n'avait rien à craindre d'un ange aveugle.
_Vas y.
Elle lui prit les mains. Il frémit légèrement lorsque la pulpe de ses doigts effleura le visage de la reine sombre. Cette peau, contre toute attente, était douce et tout juste tiède. Il s'attendait à toucher un brasier.
_Compte tu me faire du mal? demanda t-il avec assurance.
Elle fronça les sourcils, mais ne rompit pas le contact.
_Bien sur que non!
_Pourquoi? finit par demander le jeune homme, la voix chevrotante.
Une vibration étrange la parcourut. La jeune femme écarta violemment les mains du jeune ange qui eut un mouvement de recul. Pendant un court instant, elle eut l'impression qu'il avait lu en elle après lui avoir posé cette question.
_Tu... as osé lire en moi?! gémit elle.
_Je te sentais mal à l'aise, je voulais savoir pourquoi! Je... Je le sais à présent.
Il eut un tout petit sourire qui illumina son visage meurtri par la torture, la terreur et l'angoisse. A cet instant, elle réalisa elle-même pourquoi elle était mal à l'aise. Elle ne voulait pas y croire jusqu'à présent, mais il lui avait fait affronter ses propres sentiments. Elle s'avança doucement et posa sa main sur le torse du jeune homme. Celui-ci suivit le mouvement et s'allongea doucement. Avec délicatesse, elle lui caressa la joue et l'embrassa sur la bouche. Il frissonna, ce qui la fit reculer.
_Non, continues... souffla t-il.
Elle sourit et répéta la manœuvre.

Temari regrettait amèrement ce qu'elle venait de faire. Elle devait empester l'ange. Endormi à ses côtés, il paraissait si paisible, comme loin de cet enfer. Elle soupira et se frappa le front. Quelle idée de fricoter avec une créature du ciel... Fort heureusement son instinct noir l'avait freinée dans son élan et ils en étaient restés aux baisers plus ou moins torrides. Ah si l'une de ses sœurs l'apprenait... Soudain des pulsions violentes l'envahirent, faisant ressurgir sa vraie nature de démone sadique.  Pendant un instant, elle s'imagina lui faire subir les pires horreurs. Leoden battit des paupières.
_Tu ne dors pas?
Les pulsions s'évanouirent, remplacées par la petite pincée d'amour qu'elle ressentait pour lui et qui suffisait amplement pour l'humaniser. 
_Oh non, je dors rarement. Mais toi, reposes toi.
_Tu regrettes hein...
Elle ferma les yeux. Elle ne pouvait pas lui mentir.
_Oui. Tu t'imagines? La Reine Sombre aînée amoureuse d'un ange captif?
_Et moi alors? rétorqua t-il immédiatement.
Il eut un petit rire nerveux.
_J'ai été torturé trois ans et je manque d'avoir une relation charnelle avec la créature qui m'a pris mes yeux. Ah notre histoire est vraiment paradoxale.
Il déglutit en pensant à une chose. Ou plutôt, à une question. Mais il voulait en avoir le cœur net.
_Temari?
_Hmm?
Il inspira profondément.
_Tu peux me promettre de ne plus jamais me faire de mal? C'est important chez nous les anges, les promesses.
Elle opina, mais réalisant qu'il n'avait pas vu son geste, elle posa sa main sur celle de l'ange.
_P...
C'était contre nature pour elle. Cependant, elle hésita à peine une seconde.
_Promis.
Elle se redressa et se massa les tempes. Une présence noire approchait. Faible, mais présente. Elle ne tarderait pas à arriver. Affolée, Temari se leva et saisit les chaînes gorgées de magie au passage. Entendant un léger cliquetis, le jeune homme grinça des dents. Il comprit et tendit machinalement les mains. Ils avaient dû mettre en scène son "interrogatoire particulier" deux fois depuis la veille. Les menottes se refermèrent sur ses poignets, et la pulpe de l'index de la jeune fille toucha quelques endroits bien visibles sur son corps et son visage. Des ecchymoses factices pour tromper l'ennemi. Il se jeta à terre et s'éloigna le plus possible du lit de la jeune femme. Celle-ci se recoiffa rapidement et enfila une robe, car jusqu’à présent elle était en chemise de nuit. Quelqu'un frappa à la porte.
_Entrez, cingla Temari.
Un garde pénétra la chambre.
_Votre mère... vous demande. C'est urgent.
_J'arrive.
Elle marcha jusqu'à l'encadrement de sa porte.
_A tout à l'heure, l'ange, grinça t-elle.

Il attendit moins de cinq minutes. Il sursauta lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir et se fermer, ne s'attendant pas à la voir revenir plus tôt. 
_C'est moi.
Il ne se retint pas de sourire. Il tendit les mains.
_Tu me les enlèves?
La jeune femme s'approcha de lui et tira sur les chaînes. Surpris, il poussa un petit gémissement. La pointe d'un couteau effleura son flanc nu.
_Qu'est-ce que tu fais?! gémit-il.
Et la lame traversa la chair. 
Une heure, il passa une longue heure à se faire ainsi torturer, par la lame ou par les sorts de celle dont il pensait avoir obtenu les faveurs. Elle partit sans mot dire, le laissant étendu sur un lit souillé de sang. Il n'avait pas délié sa langue, malgré sa douleur tant physique que morale. Les draps étaient également mouillés de larmes. De larmes de déception.
_Tu as simplement cédé... souffla t-il. Je te pensais plus forte que ton instinct de monstre... Quelques nouvelles larmes rejoignirent les autres. J'avais... bien senti que quelque chose n'allait pas tout à l'heure...

_Bon, tu as fini mère?
_Oui, tu peux retourner dans ta chambre.
Soulagée, la jeune fille se dirigea vers ses quartiers. En chemin, elle croisa une de ses sœurs, Pandora, vêtue de la même robe qu'elle. Son aura lui était familière. Temari eut un hoquet lorsqu'elle réalisa que c'était la sienne. Elle se rua sur sa cadette et la saisit par le col. Le sourire satisfait qu'elle affichait ne laissait présager rien de bon.
_Toi! Qu'est-ce que tu as encore fait?!
Sa petite soeur ricana.
_J'ai fait joujou avec ton jouet, sous TA forme. C'est comme ça, que tu questionnes un prisonnier? En le bécotant? Laisses moi rire frangine! Maman veut le Daikin, elle ne te laissera pas le sauver. Je te rends service en lui faisant réaliser que tu es un monstre. Tu auras moins de mal à l'achever quand il aura craché le morceau.
Une averse de larmes s'abattit sur les joues de Temari.
_Oh! Toi, la grande Temari, tu pleures?
Pour toute réponse, elle la lâcha violemment et la laissa s'affaisser lourdement au sol. Elle avait raison, sa cadette avait raison! Désormais, il devait la haïr. Mais rien n'était encore perdu. Elle sécha ses larmes et courut vers sa chambre. Elle trouva Leoden, baignant dans son sang. Mais il était encore en vie. A distance, elle lança les sorts de guérisons qui refermèrent et guérirent les plaies les plus graves. Elle se concentra, et focalisa une grande partie de sa puissance dans sa main. Un rayon fusa de sa paume et touche le jeune homme. Elle savait où elle allait l'envoyer. Loin, très loin de cet endroit maudit. Dans une explosion de lumière noire, il disparut. Elle répéta l'opération en touchant son front, mais ne voulait pas aller au même endroit que lui. Après tout le refuge où elle l'avait expédié n'accueillait pas les créatures comme elle. Mais une amie, jadis créature noire, lui avait confié la future création d'un refuge pour les monstres en exil, qu’elle fonderait elle-même.
_Parfait. 
Elle chercha mentalement son amie, et la trouva quelque part sur la terre des hommes.
_A tout de suite, Acinigi.
 
     

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