vendredi 27 juillet 2012

Leoden

Temari repoussa quelques mèches noires lui tombant sur le visage. Un garde, posté devant la cellule qu'elle était venue visiter, s'inclina profondément, son front touchant le sol brûlant. Elle hocha la tête et le regarda se relever. Les lèvres tremblantes, il n'osait formuler sa question. La reine sombre prit les devant :
_Ma mère m'envoie interroger personnellement l'ange. Elle m'a dit que les Raskhân n'arrivaient à rien...
_Et elle a raison, cet ange résiste à tout ce qu'ils lui font subir. Il est coriace, mais face à vous Majesté, Reine sombre aussi puissante que notre Maîtresse en personne, il ploiera.
Il s'inclina une nouvelle fois, mais pas aussi bas et resta debout, puis ouvrit la porte de la cellule. Au fond de celle-ci, enchaîné au mur par des liens suintants de magie noire, se tenait un jeune homme dénudé à la peau mat et aux yeux bleus. Apeuré, il se recroquevilla, ramenant ses jambes contre son torse nu. Temari s'humecta les lèvres et s'accroupit près de lui.
_Sens tu qui je suis? demanda t-elle d'un ton amer.
Il opina faiblement.
_Vous êtes une Reine sombre, progéniture de Satan.
Un sourire se dessina sur les lèvres de la jeune femmes. Elle saisit entre son pouce et son index le menton du prisonnier et le força à la regarder dans les yeux.
_Sais-tu pourquoi je suis ici?
Il fronça les sourcils et cracha au visage de Temari qui ferma les yeux avant que la salive ne les atteigne.
_Je ne vous dirai rien! siffla t-il.
La reine sombre prit un mouchoir dans une des poches de sa robe aussi noire que ses cheveux, et s'essuya le visage. Ses yeux brillaient d'une lueur malsaine, presque sadique. D'un geste violent, elle fourra le morceau de tissus dans la bouche entrouverte de l'ange qui gémit de surprise. Elle approcha son visage du sien et murmura à son oreille :
_Tu veux jouer? Jouons.
Elle passa sa main au dessus du corps du captif qui fut secoué de spasmes. Des cris étouffés s'échappaient d'entre ses lèvres. Temari serra le poing et retira sa main. De la sueur coulait sur le front et les tempes du jeune homme qui haletait. Avec délicatesse, elle retira le mouchoir qui lui avait servi de baîllon.
_Où est le Daikin? Sur qui est-il posé? Si tu réponds, ta mort sera rapide.
La prisonnier déglutit mais secoua la tête. Il plongea ses yeux bleus dans les iris de Temari.
_Allez y, tuez moi, vous ne le saurez jamais!
_Mauvaise réponse.
Temari tendit ses doigts un à un, et les posa sur le torse à découvert de sa victime. Elle fit glisser sa main vers le cœur du jeune homme qui tressaillit, quelques larmes roulant sur ses joues. La jeune femme ne prit même pas la peine de le bâillonner, elle envoya une puissante décharge dans la poitrine du jeune homme qui hurla. Rapidement, pour ne pas le tuer, elle décolla sa paume.
_C'est mon dernier avertissement, ou tu paieras cher la prochaine fois.
_Donnez tout ce que vous avez... chuchota t-il à bout de souffle.
Elle le prit par la gorge et le souleva du sol d'une main. 
_Garde, apportez mon tisonnier et partez. 
L'homme immense obéit et tendit un tisonnier brûlant à la reine sombre, qui le saisit de sa main libre. Ensuite, il se retira. Temari passa sa langue sur les lèvres de l'ange qui eut un haut-le-cœur puis colla son front sur le sien.
_Regarde moi bien, car je suis le dernier visage que tu verras.
Elle pressa la pointe ardente du tisonnier sur le visage du prisonnier qui hurla à s'en déchirer les cordes vocale. De la douleur, il s'évanouit et s'écroula lorsque l'a jeune femme le lâcha. Elle lécha  avec délice la pointe du tisonnier, colorée d'orange. Cette vision glaça d'éffroi le garde qui avait assisté à toute la scène.
_Nous le ferons parler un jour... Pour l'instant, je dois retourner dans mes quartiers.


Le jeune homme battit des paupières. Il n'y voyait rien, un écran noir couvrait sa vue et une douleur immense lui vrillait le crâne et le visage. Soudain, la mémoire lui revint. Cette fille si belle, et pourtant si cruelle qui lui brûlait les yeux. La prisonnier se leva brusquement : ses mains et ses chevilles n'étaient plus entravées par des chaînes. Il voulut se lever mais cilla et faillit tomber à terre quand quelqu'un le soutint et l'aida à s'asseoir sur ce qui semblait être un lit. 
_Tu as eu beaucoup de chance, Leoden... conclut une voix douce et suave.
Le jeune homme était certain que cette voix appartenait à un ange, mais que faisait un ange ici, en enfer? 
_Qui êtes-vous? balbutia t-il.
_Je suis un ange tout comme toi, retenu captif ici pour soigner les prisonniers. Comme je te le disais, tu as eu de la chance...
_De la chance? rétorqua le jeune homme d'une voix amère.
Il effleura ses yeux opaques.
_Cette sorcière a pris mes yeux! Je suis aveugle!
Une main rassurante se posa sur son épaule.
_Elle aurait pu faire bien pire, crois moi. Ses sœurs ont souvent volé bras et jambes de leurs victimes. Elle n'est jamais allée plus loin que les yeux ou la langue. Dans ta position, elle aurait même pu te priver de tes attributs. Temari est la plus clémente des reines sombres.
En entendant parler de ses attributs, le jeune homme porta sa main à ses cuisses. Il avait bien senti que quelque chose clochait : il portait un pantalon. 
_C'est elle qui a exigé que tu sois soigné de tes blessures et que tu sois habillé. Cependant, aucun remède ne peut réparer ceci. ajouta l'homme en touchant les paupières closes de son patient. 
Une porte grinça et un garde entra dans la pièce.
_Sa Majesté Temari réclame l'ange aveugle.
Il ne laissa pas l'ange médecin répliquer, se saisit des poignets du captif et les lia ensemble à l'aide d'une épaisse corde noire. Il entraîna sans pitié le jeune homme derrière lui, qui marchait à tâtons de peur de tomber.Agacé, le garde le souleva comme un vulgaire sac et le jeta sur son épaule. Au bout de cinq longues minutes, l'homme posa à terre son fardeau et frappa à une porte. 
_Entrez! cingla une voix. 
Le sang de Leoden ne fit qu'un tour. Cette voix glaça chaque parcelle de son être. Il fut pousser dans une pièce et la porte se referma. Il était seul avec le monstre, car il ne sentait plus la présence du garde. Il entendit un bruit de pas : elle se déplaçait vers lui. Des doigts fins se posèrent sur les siens, et firent glisser ses liens.
_Tu ne me feras rien, dans ton état.
Puis elle le prit par le bras et l'allongea sur son propre lit. Il gémit au contact des draps froids comme la neige. Elle caressa la poitrine de son prisonnier avec plaisir et se délecta des frissons qu'il eut. 
_Pourquoi n'abrèges-tu pas tes propres souffrances? La vie d'un inconnu vaut-elle plus que la tienne? Tu l'as aperçu quoi... Quelques minutes! Juste le temps que ta Maîtresse dépose le Daikin sur sa peau... Pourquoi protéger cette personne?
Leoden déglutit et serra les poings.
_C'est mon devoir de protéger le porteur du Daikin. Peu importe ce que vous me ferez, ma langue ne se déliera pas.
Les doigts de Temari effleurèrent les lèvres du jeune homme. Avec tendresse, elle y déposa un baiser. Celui-ci avait un goût de cendre et de vanille mêlé. 
_Tu serais prêt à mourir pour le porteur? murmura t-elle en décollant sa bouche.
Leoden se mordit la lèvre inférieur et, dans un souffla, avoua simplement : 
_J'irai même dans le néant pour lui.
La reine sombre se figea. Toutes les personnes qu'elle avait côtoyé craignaient plus que tout d'atterrir dans le néant. Accepter de s'y faire jeter pour protéger quelqu'un était une preuve de bravoure sans nom.
_Tu es courageux, pour un ange.
_Et toi sucrée, pour une reine sombre.
   

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire